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Le mot de Anne Klippstiehl


Cela fait plus d’un mois que je me suis plongée dans l’Opéra du gueux, et maintenant que les
premières représentations ont eu lieu, avec je l’espère du succès, parfois de l’émerveillement,
pour certains de la jubilation, encore des doutes, je peux regarder un peu en arrière pour écrire
ce texte.
Plongée brutale pour Jean-Marie dans la douleur de son cœur qui a refusé de continuer,
plongée abrupte pour moi dans le travail et le désir de quelqu’un « si loin, si proche ».
Rencontre due au destin, fortuite, accident de parcours ou peut-être pas tant que ça, rencontre
entre Jean-marie et moi qui devait se faire, par lien intime et amour pour la même personne,
par curiosité éthique et théâtrale aussi, il me semble.
Que cette rencontre devait se faire, cela m’est apparu clairement, ce dimanche 19 juillet (jour
anniversaire des 12 ans de ma fille chérie), car la représentation contenait quelque chose d’un
miracle de ce qui me fait croire en la nécessité du théâtre encore et toujours ( et j’en doute
souvent ), lui donne son sens politique, c’est-à-dire la douce poésie de l’humanité partagée.
Un public doux, parfois fragile, rêveur, promeneur, désireux de rencontrer la magie du
théâtre, disponible pour se laisser conter une histoire ; des acteurs conscients de leur pouvoir
créateur, prêts à mettre en œuvre leur force pour le partager. Le point de rencontre idéal, puis
l’accomplissement, le dénouement : les regards rêveurs, émus, joyeux, de tous. Et c’est là, je
crois, que Jean-Marie et moi, nous nous rejoignons.
Car l’idée utopique, sauvage, extravagante, de monter cette pièce dense, cet opéra dans ce lieu
incroyable où les verts se côtoient toujours différents, où le décor de nature devient si pictural,
si charnellement pictural que cela émeut profondément, cette confrontation, cette
juxtaposition, puis finalement ce mélange entre la nature si riche, luxuriante, et le luxe de
cette pièce, les presque trente acteurs (en comptant tous les gueux ), les costumes si colorés de
rouges de toutes nuances. La juxtaposition de verts si denses, si changeants, de rouges si
chatoyants, des jupes aux corsages, aux joues, aux lèvres. On pourrait se croire dans la
peinture de Rubens, dans ce qu’elle est exubérante, frivole, et au-delà du premier regard,
profonde et grave.
Le politique aujourd’hui, n’est-il pas de donner à voir de la beauté, de raconter avec exigence
et âme une histoire, de croire en ses souvenirs d’enfance et de les faire vivre, de dire un texte
où des mots peuvent agir comme des miroirs, ou nous faire rêver par leur beauté, nous
enchanter par leur drôlesse, leur justesse ?
Anne Klippstiehl , le 23 juillet 2009

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